Bilan carbone obligatoire : votre entreprise est-elle concernée ?

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Vous avez peut-être entendu parler du bilan carbone obligatoire sans vraiment savoir si vous étiez visé. Trop petite, votre entreprise ? Pas si sûr. Trop grande pour s’en préoccuper à la dernière minute ? Là non plus. La réglementation française a considérablement évolué ces dernières années, et les zones grises se réduisent vite. Ce que vous allez lire pourrait changer votre façon de regarder votre prochaine année fiscale.

Ce que la loi dit vraiment et ce qu’on oublie souvent de préciser

Commençons par dissiper un flou qui génère beaucoup de confusion : le « bilan carbone » n’existe pas comme obligation légale en tant que tel. Ce que la loi impose, c’est le BEGES — Bilan d’Émissions de Gaz à Effet de Serre. Ce sont deux réalités distinctes, même si on les confond constamment. Le Bilan Carbone est une méthode développée par l’ADEME, le BEGES est une obligation réglementaire encadrée par l’article L229-25 du Code de l’environnement, issu de la loi Grenelle II de 2010.

Cette distinction n’est pas anecdotique. Beaucoup de dirigeants pensent avoir satisfait à leurs obligations en faisant réaliser un bilan carbone « volontaire », alors qu’ils n’ont pas déposé leur BEGES sur la plateforme officielle de l’ADEME. Ce sont deux démarches complémentaires, mais seule la seconde a force de loi. Et c’est bien la seconde que l’administration contrôle.

Les seuils qui déclenchent l’obligation

La question que tout le monde se pose en premier lieu est simple : à partir de combien de salariés devient-on obligé ? La réponse dépend du type de structure, et c’est là que beaucoup font des erreurs de calcul. Voici les seuils actuellement en vigueur :

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Type de structureSeuil d’effectifFréquence de publication
Personne morale de droit privé (métropole)Plus de 500 salariésTous les 4 ans
Personne morale de droit privé (DROM)Plus de 250 salariésTous les 4 ans
Collectivités territoriales et EPCIPlus de 50 000 habitantsTous les 3 ans
Autres personnes morales de droit publicPlus de 250 agents (hôpitaux, etc.)Tous les 3 ans

Une précision qui échappe souvent aux entreprises entre 250 et 500 salariés en métropole : elles peuvent se croire exemptées, et c’est parfois vrai… jusqu’à ce que d’autres obligations viennent les rattraper. Les bénéficiaires du Plan France Relance ont également été soumis à des exigences spécifiques de bilan carbone comme condition d’accès aux aides, ce que beaucoup ont découvert trop tard. Le seuil légal ne raconte qu’une partie de l’histoire.

La CSRD change la donne pour des milliers d’entreprises supplémentaires

Si vous pensiez que 500 salariés était la seule ligne de démarcation, la directive européenne CSRD vient redessiner la carte. Cette directive sur le reporting de durabilité des entreprises élargit considérablement le périmètre des structures concernées. Dans son calendrier initial, elle prévoyait d’intégrer dès 2025 les entreprises remplissant deux des trois critères suivants : plus de 250 salariés, un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros, ou un bilan total supérieur à 25 millions d’euros.

La directive dite « Omnibus », entrée en vigueur le 18 mars 2026, a recentré et simplifié certains aspects de la CSRD. Les calendriers ont été revus à la hausse : les entreprises de la deuxième vague (plus de 250 salariés) voient leur obligation de reporting repoussée à 2029 (pour l’exercice 2028), les PME cotées à 2030. Mais attention : ce report ne concerne pas le BEGES réglementaire, qui lui reste pleinement en vigueur. Penser que l’Omnibus vous dispense de tout serait une erreur coûteuse.

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Scopes 1, 2, 3 : jusqu’où doit aller votre bilan ?

Une fois l’obligation établie, se pose la question du périmètre réel du bilan. Le BEGES s’articule autour de trois niveaux d’émissions, appelés « scopes ». Le Scope 1 couvre les émissions directes produites par vos propres installations et véhicules. Le Scope 2 intègre les émissions indirectes liées à l’énergie que vous consommez, notamment l’électricité. Jusqu’ici, rien de très surprenant.

C’est le Scope 3 qui change tout. Il englobe l’intégralité des émissions indirectes de votre chaîne de valeur : achats de matières premières, transport des marchandises, déplacements professionnels des salariés, et même la fin de vie de vos produits. Un fabricant d’appareils électroménagers, par exemple, est comptable des émissions liées à l’utilisation de ses machines par ses clients pendant toute leur durée de vie. Les entreprises soumises à la Déclaration de Performance Extra-Financière (DPEF) sont tenues d’inclure ce Scope 3 depuis les évolutions réglementaires de 2023. C’est le périmètre le plus large, le moins maîtrisé, et souvent le plus révélateur des angles morts d’une stratégie climatique.

Les sanctions : plus symboliques depuis longtemps

Pendant des années, les amendes pour non-respect du BEGES étaient tellement basses qu’elles ne dissuadaient personne. À 1 500 euros à l’origine, elles ont longtemps été vécues comme un risque acceptable. Ce temps est révolu. La loi sur l’industrie verte du 23 octobre 2023 a multiplié les montants par cinq : l’amende atteint désormais 50 000 euros pour une première infraction, et 100 000 euros en cas de récidive. Les DREAL (Directions Régionales de l’Environnement) ont commencé à contrôler et les premières amendes sont tombées dès l’automne 2023.

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Mais la sanction financière n’est pas la plus redoutée. La loi prévoit également l’exclusion des procédures de passation des marchés publics et des contrats de concession. Pour les entreprises dont une part significative du chiffre d’affaires dépend de clients publics, c’est une menace autrement plus sérieuse. À cela s’ajoute une dimension que peu de commentateurs mentionnent : le BEGES est un document public, consultable sur la plateforme ADEME. Clients, investisseurs, candidats à l’embauche peuvent y accéder. L’absence de bilan ne passe pas inaperçue. La transparence forcée est, dans les faits, la sanction réputationnelle la plus immédiate.

Par où commencer concrètement si vous êtes concerné

Inutile de se noyer dans la complexité dès le premier jour. La démarche se structure, et des ressources publiques existent pour vous accompagner sans avoir à tout externaliser. La plateforme bilans-ges.ademe.fr centralise les dépôts officiels et met à disposition la Base Empreinte, qui recense des milliers de facteurs d’émission sectoriels pour aider à construire votre bilan. Des cabinets spécialisés en RSE, des outils en ligne dédiés comme des logiciels de calcul carbone, ainsi que des dispositifs d’accompagnement public régionaux complètent l’offre disponible.

Pour vous lancer sans vous perdre, voici les étapes dans l’ordre logique :

  • Auto-diagnostic : vérifier si votre structure franchit les seuils légaux en vigueur, en tenant compte de vos effectifs, de votre statut juridique et de votre localisation (métropole ou DROM).
  • Collecte des données : rassembler les consommations énergétiques, les données de transport, les achats, et toutes les informations nécessaires pour les scopes concernés.
  • Choix d’un prestataire ou d’un outil : selon la taille de votre structure, faire appel à un cabinet spécialisé ou utiliser un outil de calcul en ligne peut s’avérer plus rentable que de tout gérer en interne.
  • Dépôt sur la plateforme ADEME : publier le BEGES finalisé sur bilans-ges.ademe.fr dans les délais réglementaires, accompagné d’un plan de transition avec des objectifs chiffrés.

Le bilan carbone n’est plus une question d’image. C’est une question de survie réglementaire.

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