Vakita : le média qui donne une voix à la cause animale

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Vous avez déjà regardé une vidéo d’élevage intensif et senti cette impuissance s’installer, ce sentiment que les mots ne suffisent plus, que les images passent et que rien ne change vraiment. C’est exactement à ce moment-là que l’information peut devenir autre chose qu’un simple témoignage. Vakita est né de cette conviction : qu’un journalisme rigoureux, ancré dans la réalité et refusant la neutralité de façade, peut réellement peser dans le débat public sur la cause animale. Pas un média militant au sens creux du terme. Un média d’enquête, avec des journalistes, des caméras, des sources, et un parti pris assumé jusqu’au bout.

Un vaquita, un symbole, un nom qui n’a rien d’anodin

Le vaquita est le mammifère marin le plus menacé au monde. Ce petit cétacé du golfe de Californie compte aujourd’hui moins d’une dizaine d’individus recensés selon la WWF. Choisir ce nom pour un média, ce n’est pas un hasard de communication : c’est une déclaration. Porter une espèce au bord de l’extinction comme étendard, c’est refuser de traiter sa disparition comme une fatalité ordinaire.

Cette posture se retrouve dans chaque enquête publiée sur le site. Hugo Clément l’a formulé sans détour lors du lancement : «la situation est trop grave pour rester dans une posture de neutralité». Une phrase qui résume toute la philosophie du média, et qui tranche nettement avec le traitement habituel des sujets animaliers dans la presse généraliste française.

Hugo Clément : du plateau TV à l’investigation indépendante

Avant Vakita, Hugo Clément avait déjà parcouru une bonne partie du paysage audiovisuel français. Sorti de l’ESJ de Lille, il débute à France 2, passe par Le Petit Journal de Canal+ en 2015, puis par Quotidien sur TMC. En 2017, il rejoint Konbini News où il développe un journalisme pensé pour les réseaux sociaux, centré sur l’urgence climatique. Deux ans plus tard, il revient sur le service public avec Sur le front, une série documentaire diffusée en prime time sur France 2 consacrée aux fronts environnementaux à travers le monde.

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En novembre 2022, il franchit un cap différent. Avec Régis Lamanna-Rodat, il cofonde Vakita, un média en ligne indépendant consacré à l’environnement et à la cause animale. Quitter la sécurité d’un grand groupe audiovisuel public pour monter sa propre structure, sans filet institutionnel, c’est un pari que peu de journalistes prennent. Son engagement personnel pour le bien-être animal, qu’il avait déjà théorisé dans son livre Comment j’ai arrêté de manger les animaux paru en 2019, n’est pas une posture accessoire : c’est le fil directeur éditorial de tout ce que produit Vakita.

Ce que Vakita enquête vraiment sur les animaux

Le catalogue d’enquêtes de Vakita dit beaucoup sur l’ambition du projet. Les formats sont tous en vidéo, accessibles en partie gratuitement via les réseaux sociaux, et disponibles en intégralité pour les abonnés. Ce qui distingue ces productions, c’est leur profondeur : infiltrations, témoignages multiples, suivi de procédures judiciaires. Ce ne sont pas des sujets qu’on traite en une journée.

Voici quelques enquêtes significatives publiées depuis le lancement du média :

  • Trafic de cadavres d’animaux domestiques revendus comme trophées ou objets décoratifs, impliquant plus de 500 animaux, avec suivi du procès en 2023
  • Journaliste infiltré au permis de chasser, pour documenter les pratiques et les angles morts d’un système rarement scruté de l’intérieur
  • Enquête sur le zoo-refuge La Tanière, qui a valu à Vakita une plainte en diffamation déposée par l’établissement en août 2025
  • Reportage au sanctuaire Co&xister, consacré aux éleveurs en reconversion vers une activité sans exploitation animale
  • Enquête sur une femelle lynx retrouvée agonisante dans l’Ain début 2026, le corps truffé de plus de 116 plombs de chasse, publiée en février 2026 et relayée jusqu’à l’Assemblée nationale
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Un modèle éditorial qui assume le parti pris

Vakita ne prétend pas à une neutralité qu’il juge intenable face à l’ampleur des crises animales et environnementales. Ce positionnement est revendiqué publiquement, et il a des conséquences concrètes. Le dresseur animalier Pierre Cadéac, mis en cause dans une enquête de Vakita sur des actes de maltraitance impliquant quinze témoignages concordants, a porté plainte pour diffamation. Hugo Clément a été mis en examen en février 2024. Sa réponse a été sans ambiguïté : «Cette procédure destinée à nous intimider ne nous fait pas peur et nous continuerons notre travail d’enquête».

C’est précisément là que réside la crédibilité du média. Distinguer un journalisme engagé d’un militantisme habillé en reportage, c’est une question de méthode : sources vérifiées, contradictoire respecté, faits documentés. Vakita s’expose aux plaintes parce que ses enquêtes touchent des intérêts réels, pas parce qu’elles manquent de rigueur. Dans un paysage médiatique où beaucoup préfèrent l’équidistance prudente, cette exposition est en soi un signal fort.

Financement indépendant : le paradoxe assumé

La question du financement de Vakita a suscité des critiques dès le lancement. Le média a démarré grâce à des investisseurs privés dont les noms sont loin d’être anodins : Xavier Niel (via Mediawan), le groupe Artémis de François Pinault, Marc Simoncini fondateur de Meetic, et Jean-Sébastien Decaux. Des figures de la grande fortune française qui financent un média censé dénoncer des pratiques que leurs propres industries ne sont pas toujours étrangères à questionner.

Hugo Clément assume cette tension sans la minimiser. Sa position est claire : «Pour nous, l’indépendance passe par la rentabilité». Autrement dit, un média qui ne se finance pas lui-même finit par dépendre de quelqu’un, d’une manière ou d’une autre. Le modèle cible repose sur l’abonnement à 5€ par mois, avec une offre annuelle, faisant des lecteurs les premiers garants de l’indépendance éditoriale. Aujourd’hui, selon Vakita, la quasi-totalité du financement provient des abonnements, ce qui représente un changement de paradigme réel par rapport aux débuts.

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Les Vakita Awards : quand un média devient une communauté

En décembre 2023, Vakita franchit une nouvelle étape en organisant ses premiers Vakita Awards, une cérémonie récompensant des individus, associations et entreprises engagés pour la nature et les animaux. Parmi les lauréats de cette première édition, Virginia Markus, fondatrice du sanctuaire Co&xister, accompagnatrice d’éleveurs en transition vers une activité sans exploitation animale. La deuxième édition s’est tenue en mars 2025, coanimée avec Swann Périssé, dans un format volontairement plus ambitieux, sorti de la rédaction pour prendre une dimension d’événement.

Ce glissement vers la communauté n’est pas un gadget de communication. C’est une stratégie éditoriale qui transforme un public passif en réseau actif de personnes partageant les mêmes préoccupations. Très peu de médias d’information français ont emprunté cette voie. Vakita ne veut pas seulement informer ceux qui regardent : il veut les relier les uns aux autres.

Vakita face aux autres médias engagés pour les animaux

Pour situer Vakita dans le paysage médiatique français, voici comment il se positionne face aux principales structures qui traitent de la cause animale et environnementale :

Média / StructureNatureFormat principalModèle économiquePositionnement éditorial
VakitaMédia d’enquête indépendantVidéo (web)Abonnement + investisseurs privésJournalisme engagé, parti pris assumé
L214Association militanteVidéo d’infiltrationDons et adhésionsAntispéciste, activisme revendiqué
BrutMédia social généralisteVidéo (réseaux sociaux)Publicité, levées de fondsSensibilisation grand public, format viral
ReporterreMédia d’information environnementalArticles + reportagesDons des lecteursÉcologie politique, traitement large

Ce tableau montre une différence de taille : Vakita est le seul à combiner le format vidéo d’enquête approfondie, un modèle par abonnement, et une focalisation forte sur l’animal comme sujet central, et non comme angle parmi d’autres.

Pourquoi Vakita dérange, et pourquoi c’est bon signe

Plaintes en diffamation de Pierre Cadéac, mise en examen d’Hugo Clément, plainte du zoo-refuge La Tanière en 2025, polémiques sur les investisseurs au lancement : Vakita accumule les fronts ouverts. Dans l’histoire du journalisme d’investigation, c’est rarement le signe que quelque chose cloche. C’est souvent la preuve que les enquêtes touchent quelque chose de vrai.

Un média qui se tait pour rester tranquille ne raconte pas le monde tel qu’il est. Un média qui dérange parce qu’il nomme ce que d’autres préfèrent taire, lui, fait son travail.

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